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Ce matin, j’ai ouvert les volets, j’ai regardé le ciel, j’ai écouté le silence… et je n’ai pas chanté. Pas envie. Pas le cœur. Pas le ton.
La cigale que je suis, pourtant habituée à fredonner même sous la pluie, a préféré se taire. Parce que le monde, ces derniers temps, ressemble plus à une fourmilière en panique qu’à un champ de lavande en été.
Je suis inquiet. Profondément. Pas pour moi — j’ai déjà survécu à des zones de guerre, à des hôtels transformés en points de deal, à des expatriations sans filet et à des repas douteux dans des cantines diplomatiques.
Non, je suis inquiet pour ce monde qui semble avoir oublié ce que c’est que de vivre ensemble. De cohabiter. De se tolérer. De se regarder sans se juger.
Partout, ça gronde.
Aux États-Unis, les raids de l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) se multiplient. Selon les dernières statistiques officielles, plus de 1 000 personnes arrêtées par jour. Principalement des Latinos. Des gens qui, hier encore, étaient les voisins, les jardiniers, les collègues. Et aujourd’hui, ils sont traqués, arrêtés, expulsés. Avec l’approbation de près de 60 % de la population, selon CBS, PBS, The New York Times et autres médias sérieux.
Au Royaume-Uni, les manifestations anti-immigrants se multiplient. En Espagne, les discours se durcissent. En France, n’en parlons pas — on a même réussi à rendre suspect le mot “solidarité”.
Et moi, je regarde tout ça avec un mélange de tristesse et d’incompréhension.
Je me souviens de ma première expatriation en Angleterre, au début des années 1980.
Ce que j’aimais le plus, c’était cette mosaïque humaine. Des communautés, des religions, des cultures qui vivaient ensemble, dans une entente presque parfaite. On croisait des Sikhs, des Jamaïcains, des Pakistanais, des Irlandais, des Français, des Bengalis… et tout ce petit monde cohabitait, discutait, partageait. Il y avait du thé, des currys, des fish and chips, des prières, des rires. Et personne ne s’étonnait de voir tout ça dans la même rue.
Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi la haine a-t-elle remplacé la bonne entente ? Pourquoi le rejet est-il devenu la norme ?
Moi, j’ai passé la majeure partie de ma vie en tant qu’étranger. J’ai été le “petit blanc” en Afrique, l’“exploiteur” au Moyen-Orient, l’“hypocrite” au Pakistan. J’ai été celui qu’on regarde de travers, celui qu’on tolère à peine, celui qu’on soupçonne.
Et pourtant, j’ai toujours cherché à m’intégrer. À comprendre. À respecter. À apprendre.
Je sais ce que c’est que d’être un déraciné. De ne pas comprendre les codes. De se tromper. De se sentir seul. Et je sais aussi que la majorité des immigrants font cet effort.
Certes, il y a des exceptions. Des gens qui refusent de s’intégrer. Mais faut-il vraiment jeter tout le panier pour une pomme pourrie ?
Je me pose souvent la question :
Pourquoi des Latinos ont-ils soutenu Trump, un homme qui les méprise ouvertement ? Pourquoi des gens votent pour des politiques qui les excluent eux-mêmes ? Pourquoi le rejet de l’autre devient-il une valeur acceptable ?
Je n’ai pas la réponse. Mais je sais que ce phénomène n’est pas nouveau. Il suffit de regarder l’histoire. Le Rwanda, les Hutus et les Tutsis. La France, le massacre de la Saint Barthélémie, les dénonciations pendant la Seconde Guerre mondiale. Les voisins qui se transforment en bourreaux. Les amis qui deviennent ennemis. Et tout ça, souvent, du jour au lendemain.
Peut-être que le dicton dit vrai. Peut-être que l’homme est un loup pour l’homme.
Mais peut-être aussi qu’il est juste un être perdu, effrayé. Ou trop facilement manipulé. Peut-être que la peur, la précarité, l’ignorance, la fatigue rendent les gens plus vulnérables aux discours de haine. Peut-être que le rejet de l’autre est une façon de fuir ses propres angoisses.
Mais moi, je refuse de céder à cette logique. Je refuse de voir l’autre comme une menace. Je refuse de croire que la cohabitation est impossible.
Parce que j’ai vu, vécu, ressenti le contraire. J’ai partagé des repas avec des inconnus devenus amis. J’ai dormi chez des gens qui n’avaient rien mais m’ont tout donné. J’ai appris des langues, des coutumes, des chants. Et je sais que l’humanité existe. Qu’elle résiste. Qu’elle persiste.
Aujourd’hui, la cigale que je suis n’a pas trop envie de chanter.
Le monde est bruyant, agressif, tendu.
Mais je garde espoir. Parce que j’ai vu ce que l’homme peut faire de beau. Parce que j’ai vécu des moments de grâce, de partage, d’amour. Et parce que je crois que, malgré tout, la lumière revient toujours.
Alors je vais me taire un peu. Observer. Écouter.
Et peut-être, demain, je chanterai à nouveau. Pour rappeler que l’autre n’est pas un danger, mais une chance.
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