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Quand on tape “préparer son expatriation” sur Internet, on tombe sur des listes longues comme un jour sans Wi-Fi : se préparer psychologiquement, émotionnellement, financièrement, administrativement, vestimentairement (oui, ça existe), et même spirituellement.
On vous dit qu’il ne faut pas partir “la fleur au fusil”, qu’il faut anticiper, planifier, organiser, méditer, respirer, visualiser… Bref, on vous conseille de transformer votre départ en opération militaire.
Moi, j’ai fait tout l’inverse.
Certains diront que ma première expatriation, c’était Londres. D’autres diront Venise. Moi, je dis : non. Tant qu’on reste en Europe, on reste dans le jardin.
Certes, avant Schengen, c’était un peu plus compliqué, mais on partageait quand même les mêmes racines, les mêmes codes, les mêmes fromages. Pour moi, la vraie expatriation a commencé quand j’ai atterri à Miami, Floride.
Là, j’ai compris que j’étais ailleurs. Vraiment ailleurs.
Et pas dans l’Amérique des films de Woody Allen. Non, dans la Floride du Sud, plus latino que yankee, plus moite que tropicale, plus explosive que festive. Un monde où les pare-chocs des voitures de yankees affichaient fièrement : “Que le dernier qui quitte la Floride emmène le drapeau avec lui.” Ambiance.
Quand je suis arrivé à l’aéroport de Miami, personne ne m’attendait. Pas de pancarte avec mon nom, pas de chauffeur, pas de petit mot de bienvenue.
Juste moi, ma valise, et une chaleur moite qui m’a sauté à la gorge comme un chien de garde. J’avais beau avoir grandi partiellement dans les Antilles, cette moiteur-là, c’était une autre catégorie. Le genre qui vous fait transpirer avant même d’avoir passé la douane.
Et puis, très vite, j’ai compris que je n’étais pas juste dans un pays différent. J’étais dans un monde parallèle. L’anglais que je parlais couramment ? Inutile. Ici, c’était l’anglais latino, avec ses expressions chantantes, ses accents qui dansent, ses mots qui s’entrechoquent. Un vrai festival linguistique. Et moi, au milieu, avec mon accent européen et mes références culturelles périmées.
Très vite, un soir, après le boulot, je décide de sortir explorer le quartier.
Le sécurité (pas un simple portier !) de l’hôtel me regarde comme si je venais d’annoncer que j’allais faire du camping dans une zone de guerre. Il me dit, très calmement : “Si vous sortez, on risque de retrouver votre cadavre demain matin.”
Charmant. Je suis donc remonté dans ma chambre, avec une nouvelle définition du mot “accueil”.
À l’époque, Miami était dangereuse. Très dangereuse.
Les infos du matin vous rappelaient de ne pas regarder les conducteurs autour de vous, sous peine de déclencher un “road rage” et de finir criblé de balles. Et ce n’était pas une exagération. C’était la norme.
Une violence sourde, permanente, qui vous oblige à marcher les yeux baissés, à parler avec prudence, à respirer en diagonale.
Et moi, fraîchement débarqué d’Europe, je devais apprendre à vivre avec ça. À m’adapter. À comprendre les codes. À ne pas faire le touriste. À ne pas faire le naïf. Et surtout, à ne pas faire le mort.
J’étais venu pour être sous-directeur d’un hôtel arborant une marque internationale. Un poste sérieux, avec des responsabilités, des horaires, des réunions.
Mais très vite, j’ai découvert que mon prédécesseur avait transformé l’établissement en point de deal de luxe. Et que refuser de faire pareil, c’était s’exposer.
Résultat : on m’a tiré dessus à plusieurs reprises, attaqué dans le ghetto voisin, menacé. Et pourtant, je suis resté. J’ai tenu bon. J’ai appris à esquiver, à négocier, à survivre.
Cette expérience m’a servi plus tard, dans des zones de guerre, dans des pays instables, dans des contextes tendus. Elle m’a appris à m’adapter, à observer, à comprendre avant d’agir. Et surtout, à ne pas paniquer. Parce que la panique, c’est souvent vous condamner vous-même à mort.
Et je n'avais personne pour appeler à l'aide Moi, je n’avais que moi.
À l’époque, communiquer avec l’Europe, c’était soit très cher (merci les appels internationaux), soit très lent (merci les lettres). Pas de WhatsApp, pas de Skype, pas de visio. Juste le silence. Et la solitude. Une solitude profonde, qui vous oblige à vous débrouiller seul, à trouver vos repères, à construire votre quotidien sans béquilles.
Et dans mon cas, sans aide de mes collègues ou de mes patrons. Pourtant ces derniers étaient eux aussi expatriés.
Mais visiblement, l’entraide n’était pas dans le manuel. J’ai dû tout apprendre par moi-même : les démarches administratives, les règles locales, les usages professionnels. Et ce n’est qu’une fois que j’ai prouvé que je pouvais survivre sans eux qu’ils ont commencé à m'inclure dans leur groupe.
Alors, est-ce que j’aurais dû me préparer ? Est-ce que lire tous ces guides, suivre tous ces conseils, faire toutes ces listes m’aurait évité les galères ? Peut-être.
Mais je pense que non. Parce que rien ne prépare à l’essentiel : l’adaptabilité.
On peut lire tous les blogs du monde, suivre tous les webinaires, écouter tous les podcasts… si on n’a pas la capacité de s’adapter, de se remettre en question, de faire preuve de diplomatie, on ne tiendra pas. L’expatriation, ce n’est pas une checklist. C’est une épreuve. Une transformation. Un saut dans l’inconnu.
Et surtout, une leçon d’humilité.
Parce qu’on découvre vite qu’on ne sait rien. Qu’on ne comprend rien. Qu’on doit tout réapprendre. Et que c’est là, dans cette réinvention, que réside la vraie richesse de l’expatriation.
Je n’ai pas préparé mon départ. J’ai pris l’avion, j’ai transpiré, j’ai esquivé les balles, j’ai appris.
Et aujourd’hui, je suis là, à écrire ce blog, à raconter mes aventures, à partager mes leçons. Parce que même si je n’ai pas suivi les chemins balisés, j’ai trouvé ma voie. Une voie faite de rencontres, de galères, de rires, de sueur, de solitude, de poésie.
Et surtout, une voie qui m’a appris que la meilleure préparation, c’est d’être prêt à ne pas être prêt.
blog d'une expérience de vie différente
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